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Article • Bordeaux • Technologie & Innovation • 10 octobre 2019

Blockchain, livraison rurale, emballage connecté : les start-up à l’essai chez Cdiscount

Toujours très impliqué dans sa démarche d’open innovation, le leader français du e-commerce Cdiscount présentait le 1er octobre une poignée des jeunes pousses en supply chain avec lesquelles il développe des projets en POC. Parmi elles, Ownest, Agrikolis ou encore Living Packets.

Lancé l’année dernière sur son site de Canéjan (33), l’incubateur de start-up The Warehouse de Cdiscount continue à accueillir en son sein des jeunes pousses afin qu’elles puissent développer in situ leurs solutions d’innovation « en leur offrant un terrain de jeu supply chain », comme le souligne James Rebours, directeur de l'innovation et de la performance chez Cdiscount. De la promotion 2018, ce sont trois des cinq projets retenus qui sont aujourd’hui déployés, « un taux de réussite très élevé pour un tel projet », se félicite Emmanuel Grenier, PDG de Cdiscount [voir vidéo]. Sur la grande plateforme de Cestas (33), le bras automatisé de NoMagic est ainsi en production sur une ligne de préparation de commandes depuis plusieurs mois, tandis que la roue électrique et autonome de Ez-Wheel, repensée après plusieurs phases de test, permet aujourd’hui aux opérateurs de Cdiscount de pouvoir tirer jusqu’à quatre chariots de produits sans effort et avec une conduite électrique adaptée à la zone parfois étroite de l’expédition, réduisant la pénibilité de la manutention ainsi que les allées et venues dans la cellule.

 

Deux start-up déjà sur le terrain pour Cdiscount

Des initiatives qui se poursuivent avec l’intégration d’un deuxième panel de start-up depuis le début de l’année 2019. Parmi les candidats retenus, on retrouve Ownest qui se spécialise dans la blockchain appliquée à la supply chain. Objectif : traquer le transfert de responsabilité entre tous les acteurs responsables de la livraison. « Ownest permet de créer, pour n’importe quel colis, un traqueur blockchain de responsabilité. Celui-ci est unique, infalsifiable et transférable. À chaque étape de la chaîne, les acteurs vont accepter la responsabilité de l’objet, après une double validation entre celui qui cède et celui qui récupère la commande. L’aspect décentralisé de la blockchain permet de sécuriser l’ensemble de ces échanges », explique Clément Bergé-Lefranc, CEO et co-fondateur de la société. Avec son intégration au sein de The Warehouse, la jeune pousse (déjà active dans les secteurs du retail ou de l’industrie) a pu adapter sa solution aux exigences d’un e-commerçant avec des volumes importants et une multitude d’acteurs. « L’objectif de Cdiscount est d’avoir une traçabilité complète et en temps réel pour l’ensemble de ses colis de plus de 30 kg. Nous utilisons le numéro de colis pour offrir une traçabilité unitaire », résume Clément Bergé-Lefranc. Cette solution a déjà été déployée sur 1 500 colis livrés dans les trois derniers mois, permettant de réduire les délais de livraison de près de 15 %. « On passe d’une étape à l’autre beaucoup plus rapidement et cela responsabilise l’ensemble des acteurs de la chaîne », souligne James Rebours. « C’est un cercle vertueux de confiance qui se met en place : chaque acteur participe à la consolidation globale de la chaîne logistique et vérifie les mouvements. Et tout le monde a un intérêt à participer, que ce soit les logisticiens, les chargeurs ou les transporteurs », assure Clément Bergé-Lefranc. Pour l’instant limité à la livraison en points de retrait à Paris, le périmètre de déploiement va s'ouvrir progressivement à la livraison à domicile et à la livraison en relais à Bordeaux (33).

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© Agrikolis | Un exemple de manutention à la ferme avec Agrikolis

Autre participant à l’initiative The Warehouse, la jeune pousse lilloise Agrikolis. Celle-ci propose un concept simple pour répondre à la question de la livraison en zone rurale : utiliser les exploitations agricoles pour en faire des points de retraits pour les colis encombrants de plus de 30 kg (électroménager, téléviseurs, etc). Lors de son achat, le client peut désormais sélectionner une livraison en point Agrikolis. Il aura ensuite la possibilité de choisir un créneau de retrait sur des horaires de soirée ou de week-end, afin de ne pas perturber l’activité quotidienne des agriculteurs participants (tout en offrant aux consommateurs des plages parfois plus souples que celles des relais classiques). L’agriculteur de son côté gère les commandes et cette activité complémentaire directement depuis son smartphone. « C’est aussi l’occasion pour lui de présenter ses produits et son métier aux clients qui viennent le visiter », précise James Rebours. Un concept qui a commencé à être testé sur le terrain en l’espace de quelques mois avec 55 exploitations déjà partenaires, avec des taux de satisfaction très élevés.

 

Pour Cdiscount, c’est l’occasion de pouvoir étendre son réseau de points de retrait sur les colis encombrants, tout en offrant une expérience client unique. Une façon également de soutenir la filière agricole, puisque ce service permet d’offrir des rémunérations aux agriculteurs allant d’une centaine à un millier d’euros, tout en utilisant des espaces parfois vides dans les exploitations. « Nous sommes en train de nous déployer un peu partout en France, parfois dans des lieux atypiques tels que l’Île d’Oléron. Nous espérons avoir plus de 200 relais l’année prochaine », détaille Cédric Guyot, co-fondateur et CEO d’Agrikolis. Un développement qui passe par la vérification sur le terrain de toutes les exploitations partenaires. « Nous sélectionnons la moitié des agriculteurs que nous auditons. Parmi les prérequis, il est nécessaire d’avoir un espace de stockage de 100 m² fermé, un véhicule capable de faire la manutention des produits, un accès pour les camions de livraison ainsi qu’un cadre d’accueil agréable pour le consommateur », explique Cédric Guyot. Aujourd’hui, ce sont déjà 700 agriculteurs qui se sont préenregistrés pour rejoindre le réseau.

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© Living Packets | Le concept The Box

Un POC sur un emballage connecté et zéro déchet

The Warehouse n’est pas la seule initiative de Cdiscount pour soutenir l’innovation en logistique. Pour les concepts plus matures, l’e-commerçant a également mis en place une POC Factory, qui permet de « tester et prouver des concepts sur le terrain pendant six mois. Nous accompagnons une quinzaine de jeunes pousses de cette manière chaque année en les intégrant dans nos entrepôts ou pendant nos livraisons pour faciliter leur accès au marché », explique James Rebours. Exemple de projet innovant en phase de test, le concept d’emballage réutilisable et connecté The Box de la start-up franco-allemande Living Packets, lancée début 2017. Celui-ci se présente comme un colis en polyéthylène expansé, qui peut être géolocalisé, être doté de détection d’ouverture et d'indicateurs de chocs ou d’humidité. À l’avant, un écran de type liseuse permet de reproduire l’étiquette de n’importe quel transporteur. Des produits allant jusqu’à 5 kg peuvent y être stockés. « Le concept est celui d’un emballage en libre circulation et libre service. Si un client le reçoit après une commande chez Cdiscount, il ne retournera pas vers l’e-commerçant. Il le gardera et pourra le réutiliser pour son propre usage (envoyer des objets entre particuliers comme un emballage classique, en payant le service via notre application) ou pour d’autres services de renvoi à des partenaires, pour des dons par exemple. Beaucoup de gens ont chez eux des choses qu'ils voudraient donner ou revendre, mais qu’ils gardent parce qu’ils ne veulent pas avoir à chercher un emballage adapté. Avoir un colis clé-en-main, cela peut faire sauter des verrous du côté des usages. Nous voulons offrir le maximum de choix au client final. À terme, notre modèle est celui du free floating [système de libre-service intégral] », détaille Stéphane Lerays, head of sales France.

 

Et c’est plus de 1 000 trajets qui peuvent être effectuées par l’emballage avant d’avoir à repasser dans les mains de Living Packets, permettant donc de travailler sur le concept d’une logistique zéro déchet. « Nous considérons le packaging comme un service. Nous pensons que le grand public est mûr pour ce type de solution », résume Denis Mourrain, CEO France et head of production. The Box sera proposé aux clients de Cdiscount à partir de la mi-octobre et pourra être choisi par les internautes au moment de leur commande. « Pour cette phase de test, nous allons seulement demander au client de réintroduire la boîte dans un relais pickup et nous le compenserons avec un bon d’achat », précise James Rebours. Un test qui sera ouvert à tous les flux de petits colis de Cdiscount. Parallèlement, Living Packets a également lancé des partenariats : avec Orange par exemple, pour des tests à partir du mois de janvier sur de l’envoi en BtoB, à destination des magasins, permettant d’offrir de la traçabilité et un emballage réutilisable. Toutes ces expériences sur le terrain permettront à Living Packets de finaliser le développement de sa solution afin d’en sortir ensuite une deuxième version, qui sera industrialisée d’ici la fin du premier trimestre 2020.

 

— DES PROJETS ÉGALEMENT SUR LE LONG TERME

Autre échelle pour la co-construction de solutions innovantes chez Cdiscount, celle du long terme. « Nous menons également des partenariats sur des horizons de trois à cinq ans, sur lesquels il faut aller beaucoup plus loin sur la phase de R&D et parfois même sur l’aspect réglementaire », explique James Rebours. C’est le cas d’un projet de livraison par drone, mené au côté de Thales, depuis les entrepôts Cdiscount jusqu’au centre ville de Bordeaux dans des points de retrait pour offrir une livraison express en 1h30 (45 minutes de préparation, 45 minutes de vol). « Cela va nécessiter une réglementation repensée, un système de gestion du trafic aérien et des contraintes techniques. Il y a un enjeu d’acceptabilité sociale sur lequel il faut encore travailler également », détaille James Rebours. Deuxième exemple, celui de la chaire de l'École des Ponts ParisTech que Cdiscount a co-créé en février 2019 aux côtés de Louis Vuitton, Michelin, Renault et le groupe Casino, pour travailler sur la supply chain du futur avec des concepts forts : l’automatisation des entrepôts, la supply chain responsable, l’IoT et la blockchain.

source:Voxlog.fr