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Article • Paris • Actualité • 11 May 2020

Evolution des métiers : La Table ronde des nouveaux acteurs 2.0 du TRM

 

Table ronde : les plateformes digitales à la conquête du TRM

Avant la crise, Transport Info réunissait autour de la table les dirigeants ou représentants de six plateformes digitales du TRM, tantôt commissionnaires 2.0, places de marché ou plateformes collaboratives. Nous retraçons dans ce compte rendu les temps forts de cette table ronde pour expliquer à quel point la digitalisation constitue l’avenir du transport de marchandises.

Parfois décriées par les bourses de fret, par les affréteurs ou par les fédérations et groupements de transporteurs qui y voient une nouvelle forme de concurrence, les plateformes sont pourtant en passe de remplacer la relation traditionnelle par téléphone, fax ou même EDI entre donneurs d’ordre et transporteurs. Elles ne cherchent pas à révolutionner les process mais plutôt, selon elles, à assainir un marché devenu trop complexe et à accompagner autant les chargeurs que les transporteurs dans une nouvelle forme de gestion des chaînes logistiques, simplifiée et automatisée grâce aux outils numériques. Contrairement aux idées reçues, ces plateformes ne prônent pas le remplacement de l’humain par les machines et revendiquent d’accompagner les entreprises dans la mise en place de nouveaux modèles visant à gagner en performance et à mieux valoriser la prestation de transport non plus guidée par le seul prix mais plutôt par la qualité et l’agilité.

 

Laetitia Maire-Barth, directrice des opérations d’Easy4ProPaul Guillemin, pdg de FretlinkDavid Poirson, directeur des opérations de ChronotruckBoris Pernet, président d’UpplyNicolas Lubeth, directeur général d’OnTruck France, et Jérôme Bour, président de DDS Logistics (Join2Ship), expliquent ici leur positionnement respectif et leur vision d’un transport en mutation. Selon eux, ce n’est pas le digital qui modifie la gestion du marché mais plutôt de nouveaux besoins des chargeurs et des consommateurs, dans un contexte de forte variabilité des flux et des tarifs, auxquels les technologies permettent de mieux répondre.

Transport Info : Quelle est votre vision du transport aujourd’hui et de la transformation digitale ?

Paul Guillemin (Fretlink) : On remarque depuis quelques années une transformation des usages dans la chaîne logistique qui repose sur trois piliers. D’abord la multiplication des intervenants entre le chargeur et l’affrété final amène de l’opacité sur le prix, sur l’identité, sur la fiabilité du prestataire et sur le suivi de la marchandise. Ensuite de nombreuses entreprises ont disparu et le transport se heurte à des problèmes d’attractivité. Cela entraîne un manque de capacitif qui pousse les chargeurs à se rapprocher des PME/TPE régionales mais avec lesquelles ils ont souvent du mal à communiquer. Enfin le processus statique d’achat et de pilotage de plans de transport annuels basés sur des prix qu’on reçoit à l’instant T ne fonctionne plus aujourd’hui. Avec la data, l’automatisation et des nouvelles méthodologies, on va pouvoir déployer un modèle beaucoup plus dynamique et mieux adapté à la réalité opérationnelle des transporteurs.

Jérôme Bour (Join2Ship) : Le point de départ de cette transformation digitale est le client final qui a pris des habitudes de consommation de services à travers Amazon ou l’e-commerce en général. Cela se retrouve désormais dans le B2B avec un niveau d’exigence supérieur des clients qui ne sont plus des destinataires passifs et veulent avoir en partie la main sur la manière dont l’opération logistique va se réaliser. Le transport est devenu un enjeu majeur pour les chargeurs et nécessite l’utilisation d’outils digitaux pour répondre à ces attentes.

Nicolas Lubeth (OnTruck) : Outre le besoin de tracking instantané issu du e-commerce, les chargeurs confrontés à une forte variabilité de la demande souhaitent une meilleure visibilité de leurs coûts de transport. Les plateformes digitales apportent cette transparence sur les prix et le tracking pour identifier l’empreinte carbone. 

Boris Pernet (Upply) : Le client et le transporteur ont été « désintermédiés » par complexité croissante, parce que les chargeurs avaient au début 1 transporteur puis 2 puis 100 puis plusieurs milliers. L’utilisation des outils digitaux leur permet de revenir à l’origine de la relation, à moindre coût, afin de restaurer la marge de fonctionnement des transporteurs.

David Poirson (Chronotruck) : Le digital répond aujourd’hui à une demande métier qui touche tous les acteurs. Les constructeurs, les gestionnaires d’autoroutes, les entrepôts automatisés sont tous impactés par le digital qui doit permettre de créer de la valeur notamment en évitant X intermédiaires sur certaines prestations où l’on retrouve jusqu’à quatre ou cinq affrétés dont on peut remettre en question l’utilité commerciale. D’où l’intérêt des plateformes comme les nôtres pour essayer de trouver le bon sous-traitant au bon moment et au juste prix.

Transport Info : Quelles sont vos positions concernant les tarifs de transport et les craintes de mises en concurrence ou d’enchères inversées ?

Paul Guillemin (Fretlink) : Le prix tout seul dans le transport ne veut rien dire s’il est décorrélé de la performance de la prestation. Chez Fretlink la sélection du transport ne se réalise pas par le prix. On numérise le plan de transport des chargeurs, on équipe les transporteurs qui renseignent leur activité, leurs moyens, leur entrepôt où ils veulent se développer. On croise avec les data opérationnelles qu’on traite au quotidien pour déterminer en fonction d’un capacitif, d’une qualité de service, d’un cahier des charges, quel est le bon tarif de transport pour sécuriser la ligne à l’année. 

Laetitia Maire-Barth (Easy4Pro) : Easy4Pro fait des enchères inversées sur un panel de transporteurs validés par les chargeurs pour du transport non protocolé. Oui il y a une compétition, une baisse des prix via les plateformes. Les transporteurs perdent des parts de marché mais derrière ils accèdent souvent, via différentes plateformes, à plusieurs autres places de marché, à plusieurs autres chargeurs. Ils peuvent maintenant dire qu’ils sont référencés, cela permet d’accéder à d’autres appels d’offres.

Boris Pernet (Upply) : Dans les algorithmes qu’on utilise pour faire se rencontrer l’offre et la demande, le prix n’a aucun intérêt. On matche sur toutes les autres données mais pas celle-là. Upply ne fait pas de cotations en ligne, on révèle simplement la dispersion des prix !

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