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Article • Bureau • Technologie & Innovation • 15 April 2020

Plateformes digitales, intrusion ou mal nécessaire ?

 

Séduisantes pour les chargeurs qui y trouvent de nouvelles opportunités d’accès au transport, les plateformes propulsent les prestataires dans l’ère digitale avec à la clé des gains directs mais aussi de nouvelles contraintes.

Les places de marché et plateformes digitales envahissent le transport routier et viennent modifier les relations entre expéditeurs et transporteurs, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur, elles accompagnent les transporteurs vers la mutation digitale du métier et essayent d’améliorer leur profitabilité. Pour le pire elles laissent des algorithmes déterminer les tarifs et imposent de nouveaux standards technologiques aux entreprises qui ont de moins en moins le choix.

 

Le fossé se creuse entre les entreprises à l’aise avec ces technologies, et les autres

 

Faut-il alors voir les plateformes et la digitalisation comme des outils supplémentaires bénéfiques à la Profession ou comme une nouvelle contrainte imposée par les grands donneurs d’ordre ? Avant de tenter d’y répondre et d’observer les avantages et inconvénients de ces nouveaux supports digitaux d’accès au fret, un peu de clarification n’est pas inutile. Car les plateformes et solutions digitales sont de plus en plus nombreuses et diverses (cf « Des plateformes de plus en plus spécialisées ») : des commissionnaires digitaux, des plateformes collaboratives, des places de marché avec cotation du transport, des plateformes de mise en relation directe. Chacune a ses spécificités propres et leur approche varie selon qu’elles sont indépendantes ou lancées par les grands donneurs d’ordre. On se concentrera ici sur les plateformes de mise en relation directe entre expéditeurs et transporteurs qui, d’après les transporteurs interrogés, semblent de bonne foi dans leur volonté d’améliorer la rentabilité de l’activité, le remplissage des camions et de réduire l’empreinte carbone.

Les plateformes attaquent les bourses

Leur croissance est continue, à l’image de Fretlink qui vise le milliard d’euros de CA d’ici 2023 ou encore de Shippeo qui annonce une hausse de 300% du CA en 2019. Toutes arrivent régulièrement à lever des fonds importants, de plusieurs dizaines de millions d’euros, preuve du soutien que leur apportent les investisseurs convaincus par un modèle digital pérenne. Les plateformes étoffent ainsi leurs réseaux de transporteurs qui, sans délaisser l’échange en direct par EDI avec leurs donneurs d’ordre ni la recherche sur les bourses de fret, les utilisent de plus en plus pour optimiser le remplissage des tournées et doper le chiffre d’affaires.

 

Pour Patricia Godart, directrice transport de Trans Catalan à Marcoing (59 – 20 véhicules, 2,35 M€ de CA) spécialisée dans le transport frigorifique, la digitalisation apporte son lot de contraintes mais s’inscrit dans une évolution logique du métier. « Nous n’utilisons pas de TMS mais l’email a déjà totalement remplacé le fax ou le téléphone pour traiter les commandes de nos donneurs d’ordre. L’utilisation de Fretlink, qui nous envoie également les commandes par email, ne modifie donc pas nos process internes ». La plateforme a intéressé Trans Catalan il y a un peu plus d’un an dans l’optique d’optimiser le remplissage des PL ou les tournées lors de baisses de volumes. « Fretlink représente environ 10% de l’activité globale. Ensemble nous avons analysé nos lignes régulières. Fretlink est venu former notre équipe. La plateforme nous envoie des offres de fret correspondant à nos zones géographique (sur l’axe Lille-Paris-Lyon) que nous acceptons ou non selon le volume et la disponibilité. Pour l’heure, il s’agit de besoins spot ponctuels, par exemple pendant le pic d’activité en décembre, mais nous voulons dédier des tournées régulières à terme. C’est intéressant financièrement car Fretlink propose des tarifs en phase avec le marché et plus attractifs que ceux de la bourse de fret B2PWeb par exemple ». L’entreprise devrait en outre prochainement bénéficier du programme de services lancé par Fretlink et ses partenaires (TIP, UTA) donnant accès à des tarifs préférentiels sur les cartes carburant ou la location de véhicule et l’entretien.

Certains donneurs d’ordre ne passent plus que par les plateformes

 

En revanche, cette évolution implique de nouvelles tâches confiées à des conducteurs qui ne souhaitent toujours pas être « responsabilisés ». « A terme la digitalisation totale des process sera contraignante car elle oblige les conducteurs à saisir plus d’informations sur des outils embarqués ou mobiles. Certains ne veulent pas effectuer plus de tâches administratives. Mais c’est une évolution du métier à laquelle on doit s’adapter ».

Une réponse aux besoins spot des chargeurs…

Du côté des chargeurs, soucieux de sécuriser le transport face aux problématiques de défaillance ou de pénurie de conducteurs et de moyens, le digital offre des solutions complémentaires. Selon Jean-Michel Garcia, délégué aux transports internationaux de l’AUTF, « les plateformes digitales ne révolutionnent en rien les problématiques des chargeurs de sécuriser le transport. Elles apportent en revanche un accès à de nouveaux prestataires pour les besoins spot. Pour leurs flux réguliers, les chargeurs vont continuer de privilégier leurs transporteurs habituels et les relations contractuelles directes avec les prestataires, ou par le biais des commissionnaires ou bourses de fret. En outre, les plateformes n’auront que peu d’impact sur les problématiques de pénurie de conducteurs ou de moyens de transport dans les zones sinistrées. Les principaux axes de flux sont bien connus des chargeurs, comme les zones plus sensibles ». A contrario, le digital apporte des réponses aux petits expéditeurs à la recherche de nouveaux outils.

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